Axiome 22

Axiome 22.   Sur le concept d’hubris

• Il est dommage que la langue française ne comporte pas de mot pour désigner ce que les Grecs appelaient l’hubris. Ce concept manque. Car il ne correspond à aucun des termes par lesquels on le traduit habituellement. Il est vrai que nous pouvons toujours employer le terme grec. L’hubris, ce n’est ni l’arrogance, ni l’insolence méprisante, ni la fierté, ni l’orgueil, ni la vanité. Bien que ce soit un peu de tout cela. L’hubris, c’est la santé un peu trop bonne, c’est l’excès de bonne santé. C’est ce légèrement trop qui fait que l’action d’un être passe d’un état dans lequel il agissait utilement et efficacement à un état dans lequel il provoque des mécontentements, des rancœurs, des aigreurs. Les mécontents se ligueront inévitablement contre l’homme atteint d’hubris. Ils l’abattront. C’est l’histoire éternelle de la vie. Action, d’où réussite, réussite d’où hubris, hubris d’où ennemis et aigreur des ennemis, aigreur d’où embûches, embûches d’où chute et retour au point de départ avec, en plus, une quantité variable d’amertume qu’on appelle derechef « expérience ». On pourrait parler, à propos du succès, à propos de tout succès, d’un risque d’induction d’hubris. On aurait alors cette expression : « son succès l’a induit en hubris » (comme on a aujourd’hui l’expression « induire en erreur »). Voyons tout de suite un exemple d’utilisation de l’expression à travers un nouvel axiome.

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